Souvenir d'octobre

Publié le par Les champs de l'Invisible

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J'ai retrouvé un texte que j'avais écrit en octobre 2010. A l'époque j'avais participé à un stage d'aikido et dans la nuit qui avait suivi j'avais jeté quelques mots pour fixer le souvenir de mes réflexions.

 

"...

L’aikido est une discipline passionnante.

Il n’existe pas de compétition et la pratique, tout en souplesse, se fait avec un partenaire en répétant inlassablement les mêmes techniques. Cette absence de compétition a été voulue par le fondateur, car l’exacerbation de l’ego qu’entraîne la compétition est incompatible avec les buts de l’aikido, sans parler de la dénaturation inévitable de l’art à cause des règlements et autres. L’effet pervers de cette absence de compétition est que l’ego des pratiquants trouve ainsi paradoxalement largement à s’exprimer dans une situation où il n’est pas sensé avoir sa place : l’absence de résultats sportifs n’empêche pas la tentation d’établir une comparaison avec son prochain, que ce soit au niveau du grade ou bien en essayant de savoir si « on est plus fort que son partenaire ». C’est stupide mais malheureusement humain et le but de la pratique est de s’en libérer. Ce travers, aussi étonnant que cela puisse paraitre, risque souvent de se voir renforcé avec les années qui passent. C’est la tentation de l’accession à la Maîtrise. Un véritable poison s’il en est. L’aikido est un art difficile.

J’ai donc participé à un stage samedi matin, il était assuré par un expert de grande qualité que je n’avais plus vu depuis longtemps. Beaucoup de participants et je n’en connaissais quasiment aucun. J’ai ressenti une tension avec mon premier partenaire, d’abord parce qu’il tirait un peu la tête, non pas parce qu’il était grognon, mais parce que c’était son visage naturel, on ne choisit pas toujours sa figure mais c’est comme ça. Il était expérimenté et je ressentais une bonne technique et un certain relâchement chez lui, mais ses segments était durs/denses, visiblement ouvert au ki, je n’avais pas de bonnes sensations pour autant, je me suis dis que finalement c’était peut-être son caractère et que cela se traduisait aussi par son visage fermé. J’ai essayé de me remplir de joie alors que je bouffais du tatamis (pas facile à faire), histoire de voir si j’allai le dérider. Bon, cela ne fut pas vraiment concluant, et je fus un peu déçu à notre séparation de ne pas avoir obtenu de meilleurs effets, d’abord de ne pas l’avoir remué avec autant de facilité que ce que j’aurai du compte tenu de mon ancienneté (bonjour l’ego) et ensuite parce que je n’ai pas réussi à faire venir de bonnes vibrations (merci l’ego). Bref j’étais un peu honteux de mon état d’esprit.

Mon partenaire suivant, ceinture noire, on commence à pratiquer, et après quelques séries où on se fait alternativement chuter, je pense avec satisfaction que je ne suis pas aussi nul que ça et que je suis même bien plus fort techniquement que lui. Ce constat primaire et satisfaisant me traverse la tête alors que je me relève d’une chute en le regardant attendre que je le ré attaque… Et là, une pensée me traverse l’esprit… une pensée avec une intonation :

« Et si tu le remerciais plutôt… ? » Entendis-je me dire sur le ton de l’observateur qui essaye de faire comprendre que la direction première n’est peut-être pas la bonne et après avoir regardé en soupirant les conneries en cours décide de donner un petit coup de pouce…

Merde alors, j’en ai été complètement surpris… c’était une voix ! Oui c’était une voix, nul doute, et pas une pensée porteuse de culpabilité et qui est issue du mental…

J’ai compris que je faisais fausse route. Le niveau de mon partenaire n’a pas d’importance, pas plus que le mien. Il faut vivre dans la pratique le fait que nous ne sommes pas dans une situation de rivalité mais de collaboration : il est là pour m’aider à progresser et moi je suis là pour l’aider en retour et je dois lui en être reconnaissant et l’aimer pour cela.

C’est aussi un peu l’idée de la pratique de l’aikido qui signifie la voie de l’union des énergies : 1+1=1 ! lui et moi , nous unissant, ne formons qu’un et comment y arriver tout en respectant les lois naturelles si le coeur et l’esprit  ne sont pas libres et et encore pollués d’ego.

Cet état d’esprit à adopter dépasse très largement le cadre du tatamis et doit-être aussi mis en œuvre au quotidien.

J’ai donc essayé de remplacer le jugement et la comparaison par la joie et la gratitude, et j’ai surtout mentalement remercié la voix de son intervention, je lui ai demandé d’intervenir aussi souvent que je déviais et de m’aider à comprendre…

C’était une expérience très riche.

...

"

 

Agapé

 

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